Un sondeur qui sent l'opinion

Une des émissions que je regarde le plus souvent à la télé c'est "C dans l'air', qui analyse chaque jour un thème particulier de l'actualité. Et un des invités récurent de "C dans l'air", c'est Roland Cayrol, qui dirige un des grands instituts de sondage et est, à ce titre, un spécialiste des mouvements d'opinion.
Je passe plus de temps à écouter les analyses socio-politiques de R. Cayrol qu'à, par exemple, faire le ménage. Ceci dit, en y réfléchissant bien, il y a assez peu de choses qui me prennent moins de temps que faire le ménage. Sur une semaine, je dois passer plus de temps à lire des coms sans intérêt (cherchez pas, je ne les publie pas) qu'à faire le ménage. Enfin bref, tout ça pour dire que je fréquente régulièrement ce monsieur.

La seule critique de fond que j'ai à faire aux commentaires éclairés de cet éminent personnage, c'est qu'il sont systématiquement ponctués de reniflements répétés et donc insupportables. Même les commentaires des autres invités sont ponctués de ses inévitables "sniff sniff"'.

On a pas du recevoir la même éducation, lui et moi. Chez moi, c'était malpoli de renifler. Au premier reniflement, c'était un regard réprobateur de ma mère, au deuxième un claquement de langue de mon père, au troisième une baffe dans la gueule ! Je vous promets qu'aujourd'hui, même avec la pire des grippes et le nez transformé en fontaine Wallace, je suis plus silencieux que nos 7 sous-marins nucléaires réunis (on a en a bien 7, au fait ?). Si mes parents étaient présents sur le plateau de "C dans l'air", Cayrol il pourrait pas finir l'émission, il serait éliminé par K.O !

Parce que, quels que soient le jour, la saison, le temps, les épidémies en cours, les progrès de la médecine, rien ne peut l'empêcher de renifler ...

Sinon, hier, dans "Envoyé spécial", il y avait un reportage sur les douanes qui montrait, entre autre, la saisie exceptionnelle de 4 tonnes de cocaïne pure sur un cargo.
Je ne sais pas pourquoi je parle de ça, ça n'a rien à voir ...


Illustration qui n'a rien à voir non plus ...
Un sondeur qui sent l'opinion

# Gepost op zaterdag 30 juni 2007, 08u23

Gewijzigd op maandag 02 juli 2007, 14u44

On n'était pas dans la Mer de ... sable !

Cet été, quand j'ouvrais un ½il et que j'allumais la télé pour essayer péniblement d'allumer mes trois premiers neurones (entreprise vaine, regarder la télé n'en demande que 2 1/2), je tombais sur un épisode de Maigret. C'est l'équivalent de Derrick, version française : moins cheap mais beaucoup plus long. Par contre, rythmiquement, on est dans le même tempo. A coté d'un épisode de Maigret, "Naïma" de Coltrane a l'air d'un jerk endiablé. Version vulgarisation pour crétins abreuvés de Skyrock qui pensent que le summum de la culture noire-américaine est 50cent : un épisode de Maigret ferait passer "l'été indien" du regretté Joe pour une reprise des Sex Pistols sous amphétamines. A tel point que, passée la première impulsion, mes neurones avaient tendance à s'éteindre, et que, vu que y en avait que deux d'allumés, je devais rester vigilant pour ne pas me retrouver ronflant dans ma tasse de café.

D'autant que c'est traître, un épisode de Maigret : telle la sournoise tortue de la fable, mine de rien, les suspects s'accumulent (hé, pour UNE FOIS que je fais une phrase pas française, z'allez pas me faire chier, non ?) et à une minute de la fin, alors que sans t'en rendre compte on en est quand même à 26 suspects, une série de coups de théâtre dont le nombre varie entre 32 et 46 surviennent, manque de bol, t'étais juste en train de te resservir un café pour tenter de réanimer un 3ème neurone, tu relèves la tête, tu vois Maigret qui passe les menottes à un parfait inconnu, putain, encore deux heures de foutues en l'air pour rien !

Maigret, je regardais déjà ça quand j'étais môme. Ha bah, non, c'était pas la même série ! Dans mon souvenir, c'était vachement mieux, plus crédible, avec un coté reportage dans le réel. Par nostalgie, j'ai acheté les DVD de la série dans la collection " revoyez les vieilles merdes de votre enfance ". Décor en carton pâte, éclairage genre film muet (tu sais avec juste un gros projo à gauche), une lenteur qui ferait passer le cerveau de François Hollande pour un moteur de F1 survitaminé, j'ai même pas pu regarder un épisode en entier. Démystification de Jean Richard, un héro pour tous les enfants de l'époque, qui tenait le rôle de Maigret et qui, en fait, joue comme une savate ou plutôt comme une vieille pantoufle.

De quoi ? Vous ne connaissez pas Jean Richard ? Mais si, le directeur du cirque Jean Richard (trop bien trouvé le nom !) ! Qui ensuite a fait l'acteur pour financer son cirque qui se cassait la gueule. Et qui ensuite a créé "la mer de sable" pour tenter d'éponger les dettes de son cirque qui continuait à se cassait la gueule. Ha oui, là, ça vous dis quelque chose ! Faut vraiment descendre très bas pour communiquer avec vous ...

La mer des sables (un parc d'attraction pour ceux qui sortent pas le Dimanche), j'y suis allé une fois, dans le cadre de mon boulot. Rigolez pas, c'est véridique.
C'est l'époque où j'exerçais le noble et courageux métier d'éducateur spécialisé dans le cadre de la prise en charge éducative d'enfants et de jeunes adolescents atteints de déficience mentale. Je bossais avec des gogols, donc ... Et il avait été décidé qu'on passerait la journée à la Mer de Sable. Parce que c'était moins cher que le Parc Astérix.

Entre les gamins qui flippaient déjà quand on entrait trop brusquement (entendez d'un pas normal) dans la pièce, ceux qui percevaient 2% de l'environnement et donc se foutaient d'être là ou ailleurs, et ceux qui paniquaient carrément de ne pas être dans leur cadre habituel, c'était vachement éducatif, comme sortie. Pour ne rien dire des éducs prêts à tout et surtout à l'imprévisible, évidemment l'éduc en renfort qu'avait promis le directeur n'était jamais arrivé, 12 gamins incontrôlables pouvant péter les plombs à tout moment pour trois adultes ... on se chantait la musique de "mission impossible" pour se donner du c½ur. Démarre le minibus et vogue la galère !

Moi, la Mer de Sable, ça m'évoquait le désert... En fait, en guise de sable, une immonde poussière qui faisait qu'on était dégueu au bout de trois pas, et en guise de désert, une foule compacte. Ca démarrait bien !

Bon, on débarque avec notre petite collection de curiosités : 4 autistes, 3 psychotiques (j'ai jamais bien compris la différence profonde, le psy pourrait m'expliquer mais ça prendrait des plombes), 3 trisomiques 21, une trisomique 27 (oui, ils ont élargi l'offre, dans le domaine de la trisomie) et un, on a jamais su ce qu'il avait, peut-être un simulateur qui voulait éviter l'école, va savoir ...

On se dit " on va commencer par du simple : le petit train ! ". Etant donné que la vitesse de pointe de ce bolide est de l'ordre de 1/2 km/h, on pensait commencer tranquille. Quand on a vu certains gamins commencer à paniquer à cause de l'allure forcenée du véhicule et d'autres, fascinés par le mouvement hypnotique des roues, se pencher pour les renifler, on a vérifié qu'on avait pas oublié notre réserve de Lexomil. Pas pour eux, pour nous, les éducs ! On avait une journée entière à tenir dans ce milieu hostile sans craquer !

Ce foutu petit train, même si on essayait de freiner en laissant traîner nos pieds, a fini par arriver et il a bien fallu se diriger vers les attractions. Nous, on aurait bien passé la journée en faisant des tours de petit train, après tout on maîtrisait à peu prés la situation et certains mômes étaient même ravis et ne voulaient plus en descendre (obligés de découper au chalumeau les montants du wagon auxquels ils s'étaient accroché) mais pour attester des frais on était censés ramener les tickets de caisses le soir et on a eu beau se creuser la tête, on a pas réussi à concevoir une justification pédagogique crédible au fait de tourner en rond pendant 6 heures.

Alors, résignés, acceptant humblement notre funeste sort mais priant intérieurement pour que les inévitables décompensations sur mode hystérique (nom savant du pétage de plomb) restent dans des limites humaines, c'est-à-dire ne nécessitant pas le secours des pompiers, nous décidâmes de tenter "le Grand Splatch".

Le principe : tu montes dans un barque qui suit le cours d'une rivière artificielle à une vitesse inférieure à celle du petit train et au bout d'une éternité et demie, juste quand tu commences à t'assoupir, brusquement, au détour d'un virage, tu te retrouves en haut d'une chute d'eau rivalisant en altitude avec les tours du World Trade Center avant le 11 Septembre, avec la conviction absolue que tu vas mourir bêtement dans une attraction à la con !

Etant le seul élément mâle de l'équipe, il fut décidé à l'unanimité moins une voix que j'aurais l'honneur de conduire la première fournée à l'échafaud psychique. Bon, y avait la queue (non, je ne fais pas référence à ma mâlitude, y avait du monde), j'avais deux bonnes heures pour me préparer mentalement. C'était sans compter avec la sollicitude des gorilles au grand c½ur du service d'ordre qui, d'une acuité à toute épreuve, avaient repéré nos gamins qui léchaient le sable à quatre pattes, et nous indiquèrent que en tant que groupe et handicapés nous avions deux raisons de ne pas faire la queue. J'eus beau arguer que, non, je ne connaissais pas ces gamins, et que, mis à part un goût immodéré pour le sable - mais qui n'a pas ses petits plaisirs ? -, ces enfants m'avaient l'air tout à fait normaux, je me retrouvais avec quatre gamins prêt à monter dans un de ces engins diaboliques, sous l'½il goguenard de mes collègues devenues beaucoup moins féministes, sur ce coup-là.

J'avais une seconde pour prendre une décision capitale : me mettais-je devant ou derrière ? D'habitude, quand j'hésite je demande à ma partenaire, mais là je n'avais pas matériellement le temps d'apprendre à parler aux gosses.
Derrière, je les avais sous surveillance et pouvais éventuellement repérer un gamin qui commencerait à paniquer. En même temps, qu'est-ce que tu veux faire une fois que cette foutue barque serait en route ? Pagayer à contre-courant avec les mains ?
Devant, je pouvais leur éviter la vue du grand saut mortel, mais dans l'ignorance totale de ce qui se passait derrière.
Je finis par me dire qu'étant donné que j'étais le seul à pouvoir apprécier le spectacle, autant être devant !

La première partie se passe sans incidents notables, pas trop de mains écrasées entre la barque et le rebord en ciment. On descend les chutes du Niagara en arrivant miraculeusement entiers en bas, pas de problème. Par contre, une fois arrivés, sur les 50m de rivière qui te ramène à la sortie, dans mon dos, un silence de mort, une inquiétante absence de réaction ... J'ai commencé à m'inquiéter.

Par une géniale intuition issue d'une longue et solide expérience professionnelle (j'pourrais refaire un C.V. les doigts dans le nez !) je poussais un cri (genre trente secondes après le crash). Immédiatement, ils se mirent tous à hurler sans discontinuer. Ouf, tout était normal ! Après avoir fait venir un treuil pour sortir la barque qui bloquait tout le système, vu que les gamins, enfin terrorisés, refusaient de bouger ne serait-ce que d'un millimètre, une collègue partit avec une deuxième fournée. Là, c'est les gamins qui ont du crier pour sortir l'éduc de sa pétrification ...

Bon, je vous passe le tour de manége dans des avions à 5 mètres du sol avec une gamine qui a décidé que là, maintenant, tout de suite, il fallait absolument qu'elle descende, les étals des marchands de bonbons saccagés pace que, bêtement on avait pas pris le temps de leur expliquer le rôle de l'argent dans notre société, le môme qui pris d'une panique intime se met à piquer un 100 mètres à travers la foule ou cet adorable ado trisomique de 110 kilos qui tombe éperdu d'affection pour la petite grand-mère qui disparaît dans ses tendres mais gigantesques bras. Y a des jours où on a pas l'impression de voler son salaire !

Heureusement, une grande cohésion régnait dans l'équipe, particulièrement autour de l'idée que nous risquions de gigantesques embouteillages et qu'il valait mieux ne pas partir trop tard, voire pas tard du tout voire beaucoup plus tôt que l'horaire prévu. Il serait toujours temps de trouver comment expliquer à notre directeur d'où nous était venu cette intuition bisonfutesque.

En bons professionnels on a compté les gamins avant de remonter dans le minibus. Y'en avait autant que le matin : une journée de foutue pour rien !

 On n'était pas dans la Mer de ... sable !

# Gepost op zaterdag 30 juni 2007, 08u19

Gewijzigd op maandag 02 juli 2007, 14u45

Éduc' Blues

Aujourd'hui : séquence émotion ! Prévoir un kleenex, au cas où ...

J'ai mis du temps à me souvenir de son nom ...
Je pensais l'avoir oubliée pour toujours. Enfouie dans une vie antérieure. Et puis voilà, on va fouiller dans ses vieux souvenirs d'éduc, pour déconner et v'là que le bon gros passé, au 1er degré, tape l'incrust', en invité impromptu ...

C'était au Foyer pour Adultes Handicapés Mentaux de V..., tout au bout du RER, où je venais faire un stage, gratos, un an avant mon entrée à l'école d'éduc. Mon premier vrai contact avec le terrain, motivé à mort à l'idée d'enfin exercer le boulot dont je rêvais depuis que, presque encore gamin, j'avais vu le reportage de Lainé et Karlin sur Bettelheim.

Chantal. Elle s'appelait Chantal. Et ça lui allait comme un gant. Un physique de bonne grosse fermière, la robe à fleurs qui va avec, l'armoire normande en chêne massif dans la chambre, et les sous-vêtements du même métal, la culotte-gaine et le soutien-gorge d'un autre temps, utilitaire. Oh, pour une fois, n'y voyez rien de libidineux. Mais elle était très lente, lente à déplacer son énorme carcasse, lente à se décider à quitter l'endroit où elle était, surtout si c'était sa chambre. Alors quand tout le monde piaillait dans le minibus, pour partir à la piscine ou au jardin, et qu'on attendait, encore, Chantal, on montait à sa chambre, on frappait à la porte, par principe, par acquis de conscience, elle n'ouvrait jamais, et on entrait voir où elle en était. Parfois elle était presque prête, parfois elle était en sous-vêtement parce qu'il lui avait paru indispensable de changer de robe à fleurs entre le repas et le cours de percus mais ça lui prenait des heures, souvent elle était prête, mais elle voulait qu'on vienne la chercher.

Quand je suis arrivé au foyer, je l'ai vite repérée, la Chantal. Elle m'a accueilli par sa redoutable arme de défense : d'une main elle se faisait deux grandes dents, comme des crocs digitaux, de l'autre elle se battait les flancs, le tout en imitant le chat qui "crachent" quand il va attaquer. A dire vrai, c'était pas très efficace mais ça frappait les esprits. J'ai oublié de vous dire : Chantal, c'était presque 60 ans d'autisme dans un quintal de robustesse. Ce quintal massif était d'ailleurs, sans qu'elle en ait conscience, son arme ultime. Quand, baissant la tête, elle fonçait vers sa chambre parce qu'elle avait décidé que ç'a avait assez duré, elle pouvait envoyer valdinguer le plus costaud des éducs sans même s'en rendre compte. Heureusement qu'elle était plus tête de mule que colérique, si elle avait piqué une crise, je crois que toute l'équipe n'aurait pas suffit à la maîtriser.

Moi, ça m'avait bien plus, ses crocs de défenses, j'avais trouvé ça plutôt créatif. Et ça ne m'avait pas gêné. C'est ce que j'aime, chez les personnes autistes : elles sont farouchement farouches, leur, je ne dis pas confiance, ça n'aurait pas beaucoup de sens, mais votre acceptation dans leur monde clos, ça se mérite, c'est pas donné à tout le monde.

Chantal, elle faisait presque partie des meubles, on y faisait plus trop gaffe. Oh, non pas que l'équipe faisait mal son boulot, elle avait comme tout à chacun son cours de peinture, son cours de poterie (qu'elle adorait), sa séance de piscine hebdomadaires. Et personne, jamais, ne l'a oublié dans sa chambre, même quand elle s'y planquait. Mais je remarquais que dans ces entre-deux, entre le retour du groupe théâtre et le départ du groupe poterie, entre le retour du C.A.T et le goûter qui n'était pas prêt, entre la fin du film à la télé et le coucher, quand les éducs déconnent un peu avec les résidents, elle restait toujours assise sur sa chaise, seule. D'autres résidents appelaient l'attention. Les éducs faisaient leur boulot, avec elle comme avec les autres, rien à dire, mais elle n'intéressait plus vraiment. Elle avait déçu ...

Le directeur de l'établissement la connaissait depuis une éternité. En fait, il avait bossé, déjà, avec elle du temps lointain où il était lui-même éduc. On avait eu de grands espoirs pour elle, on avait espéré la sortir de son autisme profond. Mais en vain. Dans la salle à manger, subsistait un vestige de cette époque : le code-photo. Exprès pour elle, on avait installé un grand panneau figurant les jours de la semaine, sur lequel on avait collé des polaroïds représentant les activités : Chantal en robe à fleurs à la poterie, Chantal en robe à fleurs en train de faire les courses, Chantal en robe à fleurs chez le coiffeur, Chantal en maillot à fleurs à la piscine ...On continuait, avant chaque activité, à lui montrer inutilement la photo correspondante, moins par habitude que pour éviter de s'avouer franchement que ça avait été un échec complet. A coté du panneau, il y avait une petite boite. Un jour j'y ai jeté un coup d'½il : il y avait les photos d'un couteau, d'une fourchette, d'une assiette (pour lui faire mettre la table, j'imagine), du minibus, d'une télé...etc, si je me souviens bien, y avait même la photo d'un livre, c'est vous dire ... Il parait qu'à une époque, elle avait prononcé quelques mots, cette époque était plus que révolue. On avait espéré, elle avait déçu.

Croyez pas que je jette la pierre aux collègues. Moi-même, j'ai ensuite décidé de bosser avec des gamins, parce que j'avais besoin d'un-semblant-d'illusion-que-peut-être-on-pouvait-légèrement-améliorer-les-choses-sur-la-durée et que quand on bosse avec des gens chronicisés, comme on dit, depuis 25 ans dans leur symptômes, cet espoir-là on le laisse à la maison et c'est pas facile de faire sans.

Mais je venais d'arriver, avec l'innocente naïveté du novice, et moi, elle me plaisait bien, Chantal. Je vous disais que les personnes autistes étaient farouches, elle, elle était encore plus farouche qu'autiste, pour tout dire, elle avait un coté "je vous emmerde" qui n'était pas pour me déplaire. Comme j'étais stagiaire, je pouvais gérer une partie de mon temps à ma guise, et donc le consacrer à approcher ce gros ours bourru.

Je crois qu'elle était surprise d'être de nouveau un centre d'intérêt pour quelqu'un et je pense même que, passée la période "mais qu'est-ce qu'on viens me faire chier en bousculant mon monde bien établi", elle appréciait. Enfin bon, c'est en tous cas ce que je me racontais, dans ce genre de relation, faut faire le boulot pour deux, et projeter ses illusions à la place de l'autre fait partie du boulot, c'est pas l'autre qui le fera. En tous cas, j'avais de moins en moins souvent droit aux crocs et elle s'avérait même assez docile, très "maniable" comme on dit poétiquement dans le jargon professionnel.

Alors, j'ai un peu réactivé les sortie "inutiles" qui avait été un peu délaissées, comme l'emmener à la superette acheter des piles pour son walkman, plutôt que d'y passer rapidos d'un coup de bagnole, l'emmener allumer un cierge à l'église, on est d'accord c'est encore moins utile mais elle avait été habituée aux rites, des petites sortie de rien (enfin, façon de parler, parce que ça pouvait devenir tout un sketch quand elle décidait, par exemple, qu'elle ne rentrerait qu'avec le cadie de la superette ou la bouteille de laque du coiffeur) mais qui était du temps rien que pour elle.

J'ai même fini par l'emmener boire une menthe à l'eau dans l'unique bistrot crasseux du bled, où les bons gros cons de chasseurs rougeauds et gueulards faisaient subitement silence à chaque fois que j'entrais accompagné d'un résident du foyer. Un bon gros silence pesant dans lequel on entendait un "quel courage, je le ferais pas" pour moi, un "quel misère, j'ai pitié" pour le résident qui m'accompagnait et surtout un gros "beurk" pour tous les deux.

Je les emmerde et je leur crache à la gueule ! Leur pitié dégueulasse cache un manque de c½ur et surtout d'imagination, leur bêtise qui leur fait croire que je fais ce boulot par goût du sacrifice montre leur connerie grasse, ils ne sauront jamais quel passionnant voyage c'est de découvrir les méandres intérieurs d'un enfant autiste et que quand un enfant psychotique ajoute votre prénom à son vocabulaire rachitique, ça vaut tous les couchers de soleil depuis la préhistoire et toutes les victoires napoléoniennes empilées les unes sur les autres ! Passons ...

Le garçon venait prendre la commande dans les cinq secondes, sans doute avec le secret espoir que plus vite on serait servis, plus vite on déguerpirait. Il ne s'adressait qu'au seul être humain visible, moi. Je n'ai jamais été servi aussi rapidement que dans ce café ! Si vous en avez marre de héler 50 fois le serveur quand vous avez tout juste 10 minutes pour prendre un café, trouvez-vous un neveu autiste ou une petite-cousine trisomique. Humour ...

Chantal, elle s'en foutait. Elle sirotait sa menthe à l'eau. Elle adorait ça, la menthe à l'eau. Et puis, on se levait, d'ailleurs le plus souvent c'est elle qui se levait brusquement, me signifiant ainsi qu'elle en avait marre, le silence se refaisait brutalement, et on rentrait au foyer.

Vous savez quoi ? J'ai même fini par l'entendre rire, Chantal. C'est comme ça que j'ai su que le foyer répondait aux normes anti-sismiques.


C'était un Lundi matin. Comme d'hab' j'étais à la bourre, faut dire j'avais 2h1/2 de transport, pour un pas matinal, ça faisait beaucoup. Je grimpais l'escalier quatre à quatre pour monter aux chambres et faire les levers, ce putain d'escalier en colimaçon, un miracle qu'on ait jamais eu d'accidents. J'ai croisé un collègue qui descendait avec un jeune, déjà prêt, je devais vraiment être à la bourre. Un jeune qui s'était déçu lui-même, lui, et qui n'acceptait plus de sortir de sa torpeur dépressive que pour nous imiter Donald, avec un certain talent, d'ailleurs. Tout en faisant gaffe à ce que Donald n'ait pas l'impulsion subite de sauter six marches ou d'en rater une, le collègue m'a lancé d'un air gêné :
_ T'es au courant pour Chantal ?
_ Quoi ?
_ Elle est morte ce Week-end, chez sa mère.
_ Quoi ???
_ Elle a fait une attaque cardiaque !
_ Oh merde !

J'ai encaissé. Donald commençait à tituber sur sa marche, là-haut y avait les retardataires qui allaient raté le car pour le C.A.T, on a vaqué. Et puis, que dire de plus ?
Quand j'ai eu deux minutes à moi, je me suis dit qu'au moins ces derniers mois l'avaient un peu ramenée à la vie, aux plaisirs minuscules énormes, qu'elle avait du aimer que je lui prête attention. Dans ce boulot, pour continuer, il faut se trouver ses propres motivations, quitte à les créer de toutes pièces ...Sans illusions, on crève.

J'ai fini par quitter le Foyer. La Chef de Service hystérique qui pensait que tout pouvait marcher au carré a fini par me gonfler. Et puis j'avais beau bosser à l'oeil, j'avais droit à ma ration d'engueulades injustifiées. Un jour où j'étais une fois de plus en retard elle m'a balancé "C'est plus possible !", j'ai répliqué "Exact, d'ailleurs j'arrête !", j'ai ramassé ma pelure et je suis parti. Mais avant, je suis discrètement passé par la salle à manger et dans la boite à polaroïds, j'ai pris une photo de Chantal, celle où elle faisait les crocs, celle où je la reconnaissais le plus ...

Quelques semaines plus tard, j'intégrais avec fierté l'Ecole d'Educateur de Buc. Le maître-mot de la formation était : apprendre à s'impliquer dans son boulot tout en gardant la distance indispensable. Ca, j'avais plus besoin de l'apprendre, j'avais déjà reçu la leçon et d'une façon magistrale.

Elle s'appelait Chantal, et je la croyais enfouie dans une vie antérieure.





Je voulais vous mettre la photo de Chantal en illustration, justement celle où elle fait les crocs. Mais elle est je ne sais où quelque part dans les gros dossiers renfermant ma période éduc, et là, tout de suite, j'ai pas tellement envie d'aller y fouiller...

# Gepost op zaterdag 30 juni 2007, 08u17

Les SIMS 3 vient de sortir

Hé oui, cette année encore la Star'Ac revient, telle l'hirondelle qui malgré ce qu'on dit revient à chaque printemps (un jour il faudra chercher pourquoi il y a une telle campagne de dénigrement envers les hirondelles ...).

C'est une émission rassurante : on retrouve vite ses marques. Tout est tellement pareil, qu'ils pourraient passer une K7 de l'année dernière sans qu'on n'y voit que du feu. D'autant que qui se souvient des élèves passés ? Essayez de me citer un nom pour voir ...

Même plateau, mêmes profs (la Ligue des Droits de l'Hommes va encore porter plainte contre Raffie !), même genre de candidats, même présentateur qui enchaîne direct après avoir posé une question ("Kamel, qu'est-ce que vous pensez de leur prestation mais tout de suite accueillons Yannick Noah !!!).

La GROSSE nouveauté de cette édition c'est ... la cascade ! Ha non, pas un décor avec des rochers en carton pâte avec des herbes folles en plastique, ça ferait opérette et ce créneau est réservé à Pascal Sevran. Non, juste de la flotte qui tombe connement du plafond ... Ils ont bien fait d'investir dans cette merveille technologique, vu qu'à l'image ça se voit quasiment pas !
Je me suis dit, ils vont nous faire " Toute la pluie tombe sur moi " (de Sacha Distel) ou "Oui ça y est, je mouille !" (extrait de la B.O de " jeune pucelle en chaleur ", bin quoi, j'ai goûts musicaux éclectiques, c'est tout !), mais non.

Et sinon, ils ont doublé la capacité d'accueil du public. Moi, ça m'a pas surpris, ça fait longtemps que José Bové dénonce la sur-industrialisation galopante dans le domaine de l'élevage de veaux en batterie.

L'émission était évidemment consacrée à la présentation des membres de la nouvelle promo, alors allons-y ! (Oh putain, trop nulle la transition, j'ai honte !)

ELFY
Le plus remarquable, chez elle, est qu'elle a une s½ur nommée Shirley, ce qui prouve qu'elle est issue d'une famille faisant un concours de prénom stupides.

FAFA
A part le fait qu'elle prend des doudouches, on sait qu'elle est née au Bénin, le pays où il ne se passe jamais rien de grave (puisque c'est toujours Bénin, ha ha ha !)
Elle fait des études de Musicologie, ce qui veut dire qu'elle va prendre la tête à tout le monde. Au lieu de dire "Fais gaffe, tu chantes faux", elle dira "A deux commas prés, t'es plus prés de la 11ème que de la tierce mineure".


GAËL
Lui, c'est censé être le gitan de la bande. Ce qui ne l'empêche pas de vivre en appartement.
Ils le trouvent pas terrible mais il parait qu'il a un "univers artistique" à lui puisqu'il a inventé un nouveau style : le Flamencopop !!!
En quoi ça consiste ? Vous prenez du Gypsie Kings, vous rajoutez une boite à rythme. Qu'est-ce que ça donne ? Ben, Las Ketchup !

Justement, en direct, il a chanté une chanson des Gypsies : Bamboléo, qui comme chacun sait est le summum du riche patrimoine musical du peuple Manouche.
Tous ses ancêtres gitans ont du se retourner dans leur tombe et Django Reinhardt a du faire trois fois le tour de son cercueil sans toucher les clous.

CELINE
Elle travaille comme mannequin. Effectivement elle est jolie comme un c½ur. Ce qui n'est pas franchement le cas de son père, sa mère et son frère. La beauté n'est pas forcément héréditaire mais à ce point-là, il doit y avoir une histoire d'enfant volé !


BRICE
Il s'appelle Brice, aime le rock et il fait du surf : trop facile !

CYRIL
Ils disent qu'il a une voix androgyne, c'est pas vrai, il a une voix de gonzesse !


BASTIEN
Il est de Montélimar, les filles s'il vous embête, vous savez que son point faible c'est les nougats (oui, je sais ... mais j'ai pas pu m'empêcher ...).
Dans la présentation, son père, ému, déclare :" c'est comme si je passais le témoin, maintenant je peux me reposer ! ".
C'est oublier un peu vite qu'il a 17 chances sur 18 de finir viré comme une merde. Quand, après une délirante mais éphémère popularité et quelques prestations minables dans des boites de nuits de plus en plus sordides (parcours habituel de l'ancien Star'Ac), il se tapera une méga-dépression et trois cures de désintoxication pour décrocher de la coke, on reparlera de la notion de repos, papa ...

FAUSTINE
Une blondinette qui dans la vie aime sa vache Marguerite et faire du shopping et qui se dit "fleur bleue" ...
On aura compris que c'était l'intello de la bande ! Et que la réputation des blondes va encore s'améliorer ...


NICOLAS
Bien que vivant en Avignon, il insiste sur le fait qu'il est corse de c½ur. En toute logique il bosse dans un bar, comme tous les corses, et fait le videur le Week-End. Et quand il prend des vacances, c'est 4 mois dans l'armée en Bosnie.
Franchement, je sais pas si c'est une bonne idée d'introduire un mafioso sanguinaire dans le château. Il va mettre tous les profs à l'amende, il aura 19 à chaque éval'.
En tous cas, si la loge de raffie explose, on saura d'où ça vient !

En direct, il chantait "Casser la voix", tout le monde entendait "Casser la gueule" !

LUDOVIC
Lui il est Portugais mais encore plus Portugais que l'autre est corse : une mère concierge, un père maçon, une éducation catholique, on dirait qu'il s'est fait offrir une panoplie complète à Noël !
D'ailleurs, il a beau aimer le rap, il prie tous les jours à l'église. C'est Ophélie Winter au masculin, quoi !
Par contre, il va prier habillé en rappeur, avec la capuche sur la tête. Déjà que les églises se vident, il va faire fuir les dernières mamie qui restent. ("Hé oui Madame Michu, de nos jours, même dans les églises on ne se sent plus en sécurité ! ")
Et il déclare : "Aujourd'hui je suis prêt a ouvrir les portes du paradis". Ha, manifestement, son éducation religieuse est partielle, il ne sait pas encore que le purgatoire peut précéder l'enfer !
Premier gros plantage de l'émission : il porte un costard 3 piéces à rayures. Ils se sont gourés, c'était la tenue prévue pour le mafioso corse.


ELOÏSHA
Une rappeuse, version non-catholique, une vraie rappeuse, quoi ! (Oh, ça va, on peut bien faire une vanne raciste de temps en temps ...)
En direct elle fait (on ne peut vraiment pas employer le mot "chanter) une chanson de Diam's, c'est-à-dire qu'elle éructe pendant 3 minutes dans un micro.
Je lui souhaite bien du courage le jour où il faudra chanter du Polnareff ! Ou alors, faudra adapter : " C'est une meuf, la vie de ma mère, elle sait dire que dégage, dégage, dégage bâtard !"

MARINA
Elle est auteur-compositeur. Elle aussi a créé un nouveau style puisque manifestement, ses chansons consistent à mettre son blog en musique. Exemple :
" Les professeurs auront beau dire, pour moi le lycée c'est l'enfer" (authentique)

En direct, elle chante une de ses créations. Nikos lui demande combien de temps elle a mis à la composer elle répond fièrement 1h 1/2 ! Effectivement, à coté des cinq minutes que lui demande un article sur son blog, ça lui parait phénoménal !
Je m'attendais donc au pire, j'ai pas été déçu ... Si ça c'est de la chanson, avec chaque article de mon blog je pourrais faire un double-album concept !


JEAN-CHARLES
Il s'est fait virer 4 fois de l'école mais, déclare-t-il, "Je savais que mon destin était ailleurs !"
Apres s'être fait virer de la Star'Ac et sans aucun diplôme, son destin ça risque d'être l'ANPE à vie ! Ou plutôt RMIste (Rebut de la Musique Industrielle).

LAURENT
Il est fan de country. Et il a la tenue adéquate : bottes, jean, chemise à carreaux et chapeau de cow-boy. D'ailleurs, il ferait bien de le garder, le chapeau, parce que cow-boy chauve, ça le fait pas trop !
2ème plantage de l'émission : il chante " Sur la route ", ils se sont gourer, logiquement c'était pour le gitan. C'est le bordel cette année sur la Star'Ac, ils ont du engager la fille cachée de Nikos comme script !


CYNTHIA
Elle est d'origine Indienne, elle pourra jouer avec le cow-boy.
Bon, c'est pas les mêmes Indiens, mais les vrais, ils sont dans des réserves naturelles, on n'a plus le droit de les chasser.

DAVID
Il vient de terminer des études d'ingénieur du son. Sinon, on sait pas pourquoi il est là ...


JUDITH
La plus jeune de la promo : 16 ans ! Si ça continue, pour être prof a la Star'Ac, il faudra être Educatrice de Jeunes Enfants ...
Elle se tient toujours avec la main sur la hanche, on sait pas si c'est une féminité exacerbée ou une luxation du bassin.
Justement, en parlant de féminité exacerbée, le seul truc notable c'est qu'elle a des seins énormes. J'espère qu'elle a fini sa croissance sinon elle va finir par s'attirer la haine du clan Birkin-Gainsbourg.

DOMINIQUE
Présentée comme une "tigresse sicilienne", elle est peintre, tatouée, et définit sa musique comme " un mélange de rock et de sensualité".
Bref, c'est elle qui va tenir le rôle de l'allumeuse au caractère de cochon (voire de cochonne !) qui va pousser les mecs à bout et se faire détester de toute les filles.


En direct elle chante la chanson de la pub d'Alice, comme ça on sait quel opérateur de téléphone est partenaire cette année.
Son vrai métier, ça doit être antiquaire puisqu'elle nous a ressorti une jupe-culotte, objet préhistorique immonde qu'on avait pas revu depuis le milieu des années 80.

En parlant d'objet préhistorique, on a eu le droit à une apparition de MAGALI, la déjà-enterrée gagnante de l'an passé ...
Ils ne lui ont même pas permis de chanter, c'est vous dire comme ils croient en sa future carrière !

Voilà, on a ouvert la boite, on a sorti les nouveaux Play-mobils, on va pouvoir faire joujou pendant quelques semaines, avant de les mettre à la poubelles, comme tous les vieux jouets.
 Les SIMS 3  vient de sortir

# Gepost op zaterdag 30 juni 2007, 08u12

Gewijzigd op maandag 02 juli 2007, 15u11

Les vacances de Monsieur Fou-Kyo

Mes petites cochonnes,
(ne sois pas vexé, Nelson, cette appellation t'englobe)

J'ai été ravi de constater que je vous avais douloureusement manqué, et que vous vous interrogiez sur la cause de mon absence textuelle, même si j'ai remarqué l'absence d'une certaine Lolita, aussi inconstante qu'elle était enflammée naguère... Sachez Mesdemoiselles (ne sois pas vexé Nelson, etc...), que même les grands de ce monde prennent des vacances ...

Et puis, rentrant de vacances, j'ai contracté une maladie honteuse : une hernie discale, un mal frappant les plus-tout-à-fait-jeune qui veulent continuer à vivre comme des jeunes, l'humiliation suprême, quoi !

Le médecin à qui j'ai fait l'honneur de ma visite m'a dit :
_ Ce genre de petits bobos (vous avez remarqué comme les médecins vous parlent comme à des demeurés ?) arrivent couramment aux hommes de votre age ...
Vexé à mort, j'ai répliqué à ce nabot que son médiocre savoir ne lui avait même pas permis de réaliser qu'il parlait à un surhomme, et non à "un homme de mon age". En colère, je me suis levé, et claquant des talons, j'ai fait le salut nazi avant de fuir ce lieu infesté par la juiverie internationale ! Il avait beau s'appeler Docteur Michel Lavergne, j'avais percé à jour sa perfidie atavique !

Bon, deux minutes après, j'abandonnais mes éphémères convictions totalitaires et redevenait le gauchiste invétéré que j'ai toujours été : le salut nazi, surtout en claquant des talons, c'est pas très compatible avec une hernie discale ... Plié en deux de douleur, je revenais m'excuser benoîtement et récupérais l'ordonnance oubliée dans la précipitation.

Et je restais cloîtré chez moi, en attendant que l'intensive prescription d'anti-inflammatoires me permette de faire deux pas sans me sentir dans la peau de César assassiné par Brutus. Le petit vieux du 2ème, a qui je rendais visite les jours de grandes chaleurs pour vérifier qu'il ne s'était pas transformé en corned-beef lyophilisé, me proposa d'échanger les rôles, je rédigeais immédiatement une pétition en faveur de l'euthanasie et lui foutais dans la gueule ! J'eu la tentation de lui dire que j'avais mis à jour le complot franc-maçon visant à dégrader ma dignité et dont il était l'agent, mais j'avais bien conscience que le traitement commencé la veille ne me permettait pas encore le levé de bras tendu intempestif.

Certains se disent que, justement, immobilisé par une terrible et douloureuse maladie (mais que je combattais avec un stoïcisme qui donnait à tous une grande leçon de courage, si, c'est vrai, c'est ma mère qui me l'a dit ! (bon, en fait, elle a pas dis ça comme ça, son immense pudeur lui a fait dire " T'as encore trouvé une bonne excuse pour rien foutre, je vois bien que tu t'en fiche de trouver un vrai travail)), que donc, c'était l'occasion rêvée de me consacrer totalement, corps et âme, enfin surtout âme en l'occurrence, aux Belles Lettres !

C'est oublier que l'Artiste, pour nourrir son inspiration, a besoin de s'emplir de la diversité, voire du chaos du monde, tel une éponge qui recrache la substantifique moelle des choses, tel l'alchimiste ayant tout de même besoin du vil plomb pour faire de l'or, bref, qu'il lui est nécessaire de vivre, oui vivre, pour vous donner, après un travail douloureux et intérieur, ces éclats d'éternité que sont ses ½uvres. (Ca doit être vrai, même Yves Duteil le dit, en moins bien).

C'est surtout oublier que ma principale, pour ne pas dire unique motivation à disséminer mes facéties sur ce support informatique est toute contenu dans l'improbable espoir de parvenir à la seconde partie du prometteur proverbe : "femme qui rit, femme à moitié dans ton lit". (adage sujet à caution quand on voit le nombre de sinistres crétins arrivant à sauter (si j'ose dire) directement à la suite prévue du proverbe ).

Or, le détestable sentiment que Kiloutou avait ranger la foreuse ayant servi à percer le tunnel sous la Manche au creux de mon dos en oubliant de la mettre sur "arrêt" faisait que la moindre idée du moindre coup de rein, même à des fins philanthropiques, me faisait me ratatiner comme une pomme séchée, et ratatiner de partout, ce qui n'est pas très encourageant. Hé oui, pour la première fois, le sexe devenait rédhibitoire, j'avais perdu non seulement le moteur de mon art mais la seule raison valable de vivre en ce bas monde !

Ô, qui saura par quelle détresse métaphysique il m'a fallu passé, avec pourtant un apparent stoïcisme qui donnait à tous une grande leçon de courage, si, c'est vrai, c'est ma concierge qui me l'a dit ! (Même si avec cette ancestrale pudeur des gens du peuple qui cache leur c½ur sous une apparente rugosité, car ces gens-là ont un c½ur, au fond, elle se contentait de me dire "hé m'sieur Fou-Kyo, c'est pas parce que vous traînez la patte qu'y faudrait pas voir à oublier de vous essuyer les pieds, j'ai lavé ce matin ! Et pis vous direz à votre putain qu'est venu vous voir l'ot' soir qu'elle évite de mettre ses chouinegommes dans le cendrier de l'ascenseur, on voit bien que c'est pas elle qui nettoye !" J'ai bien senti ce délicieux soupçon de jalousie mais la vie est cruelle : je suis innaccessible, pour elle.)

Mais que la gente féminine se rassure ! Les pilules du bon docteur Lavergne ont fait leur effet et aujourd'hui la machine à plaisir, comme m'ont surnommé certaines, et au maximum de son efficacité redoutable, avec même ce petit surplus de libido que connaissent ceux qui ont traversé de terribles épreuves et vu leur vie défiler devant leurs yeux ! (bizarrement, je l'ai vu sur Realplayer, moi, ma vie ...ça s'est vachement modernisé). Ne soyez plus inquiètes Mesdames, Mesdemoiselles (Messieurs, c'est pas d'actualité pour l'instant, désolé Nelson), vos décennies de luttes féministes pour parvenir au vrai plaisir ne sont pas anéantie : je suis de retour dans la basse-cour !

Au demeurant, cette petite mésaventure (c'est un élégant euphémisme, vous l'avez compris), m'aura permis de vivre une expérience cocasse. En effet, une nouvelle amie (je voulais éviter "nouvelle", comme synonyme je trouve "inexplorée", c'est malheureusement le cas), subjuguée par mon talent lors d'un concert improvisé (car je mène aussi une carrière internationale comme musicien mais sous un nom que je tairais, je ne veux pas réussir dans la littérature grâce à ma notoriété) mais bouleversée par la détresse que son intuition toute féminine lui avait faite pressentir derrière mes "Oh putain de chiotte à merde, qu'est-ce que j'ai mal, fait chier !", cette, donc, amie inexplorée m'avait convaincu d'aller voir un, accrochez-vous, naturopathe !
Qu'il soit bien entendu que de longue date je me moquais sans pitié de celles qui bêtement allaient se faire voler leur argent par ces charlatans. Mais la belle avait des arguments dont je ne peux faire état ici, vu qu'elle est venu visiter ce blog et qu'elle trouve que ça parle déjà trop de sexe (je me demande vraiment où elle a été chercher ça ...), mais bon, entre ses généreux arguments bonnet D et la douleur dans le dos qui me rappelait l'impossibilité physique où j'étais de seulement pouvoir imaginer en profiter, je me suis laissé fléchir.
Si la chair est faible, le manque de chair l'est encore plus ...

C'est ainsi que je me retrouvais dans un bled sub-provincial en face d'un joufflu bedonnant prodiguant des conseils de bonne alimentation, ce qui, je ne sais pourquoi, me mis un soupçon de doute, et réhabilitant les bonnes vieilles théories médicales du XVIIème siècle : tous mes soucis (dorsaux, mais aussi psychologiques, familiaux, financiers voire la guerre au Liban) venaient du Pancréas ! Que n'y avais-je pensé plus tôt ! D'un air pénétré, il me déclara qu'il subodorait qu'une mauvaise hygiène diététique (j'avais appris deux nouveaux mots) entraînait un déséquilibre de mon Pancréas et donc la guerre au Liban.
Quand je lui faisais remarqué que ça ressemblait furieusement à la théorie des humeurs qui avait fait des hécatombes de patients guéris du temps de Molière, il pris un air outré et me demanda avec autorité :

Dr Joufflu: vous prenez quoi le matin ?
Fou-Kyo : mon temps ... ha ha ha
Dr Joufflu : vous êtes un comique, vous ...
Fou-Kyo : je le croyais mais là, c'est difficile de rivaliser
Dr Joufflu : trêve de plaisanterie, que prenez-vous le matin ?
Fou-Kyo : bin, un café, déjà !
Dr Joufflu : HAAAAAAaaaaa ! (il m'a fait peur, ce con !) J'en étais sur ! il faut immédiatement arrêter le café !
Fou-Kyo : Donnez-moi un flingue, qu'on en finisse, ce sera plus simple !

Bref, après un passionnant débat entre les anciens et les modernes, c'est-à-dire entre ceux qui ont deux sous de jugeote (speciale dédicace à ma mamie) et les tarés de son espèce, il m'a fait allongé sur un chais-pas-comment-ça-s'appelle de kiné et pendant plus d'une heure m'a appuyé sur le ventre d'une main et sur le plexus de l'autre (voilà, si vous voulez vous installer comme naturopathe, vous avez la méthode).

Dr Joufflu : vous sentez quelque chose, n'est-ce pas ?
Fou-Kyo : que vous m'empêchez de respirer, oui !
Dr Joufflu : mais vous entendez les gargouillements dans votre ventre ? Ce sont les énergies qui se remettent en place (authentique !)
Fou-Kyo : évidemment qu'y a des gargouillements, ducon, ça fait une heure que tu me tritures le bide !

Par contre, lui, sans rien faire il en avait aussi, des gargouillements. J'ai eu la délicatesse de ne point lui faire remarqué qu'il devait avoir une mauvaise alimentation ...

Et maintenant le clou du spectacle : devant mes réitérations que non, décidément, je ne sentais pas de changement, il sortit d'un tiroir une espèce de stylo avec une petite lumière jaune au bout qu'il m'appliqua d'un air concentré sur le bide (hé oui, ça parait bizarre de s'acharner sur le bide pour soigner le dos, mais "Le Pancréas, vous dis-je ..."). Vous me connaissez, toujours à l'affût de nouveaux savoirs, je lui demandais ce qu'il était en train de foutre, et il me répondit que, outre le malaxage de bide, il utilisait (tatata !) la chromothérapie !
Mais non, pas du chrome, bande de nazes ! Du grec "chromos", la couleur ! Soigner par la couleur ! (recommandé par Le Chat machine). Vous êtes pas prêt de l'avoir, votre non-diplôme de naturopathe !
Donc, rappelez-vous bien : pour le Pancréas c'est le jaune ! Pour les règles douloureuses, ça doit être le bleu, comme l'eau du flacon dans la publicité ...

Et donc, après un débat encore passionnant sur la légitimité rationnelle de ce genre de conneries, qu'il conclu d'un péremptoire "Ecoutez, je suis bien placé, ma femme est myopathe" (authentique bis) (quand j'aurais vraiment rien à foutre, je chercherais le rapport) il prit un air concentré et posa le stabilo magique sur ma panse. Dans la course des boulots où t'es payé à rien foutre, naturopathe tient la corde !

Dans ma tête, je me disais "Lui naturopathe, elle myopathe, ils doivent faire une collection, je suis sur qu'ils ont des enfants psychopathes !"

Il a fini en beauté en me prescrivant des produits super chers qu'on trouve dans une seule boutique à Paris (tenue par son beau-frère, j'imagine) le tout en plissant les yeux et en regardant juste à coté de moi pour faire genre-je-regarde-ton-aura. Bouffon, va !

Cette torture intellectuelle s'est enfin terminé et je n'ose même pas vous dire combien j'ai payé, tellement j'ai honte ! Assez pour inviter Lolita dans un des restos les plus chic de la capitale (enfin si elle vit dans le coin, je ne sais même pas où elle habite, cette conne).
Mais bon, il me restait assez pour me payer un café au troquet du coin pendant que c'était au tour de ma copine d'aller se faire tripoter par l'autre demeuré (vraiment, y a pas de justice ...). Le meilleur café que je n'ai jamais bu ! Chaque gorgée était une victoire contre l'obscurantisme ! Pour passer le temps, je dessinais les plans d'une chambre à torture pour naturopathe, avec plein de spots violets dedans, ça doit faire super mal, le violet !

Néanmoins, je ne regrette pas. D'abord parce qu'il est bon de confronter ses convictions et que c'est un vrai plaisir que de constater que son intolérance est légitime ! Bon, vous direz, sur le fait qu'on ne peut pas soigner les hernies discales avec une loupiote jaune, je reconnais, ça valait peut-être pas le déplacement.

Ensuite parce que j'ai donné deux fois à mes potes l'occasion de se marrer. La première fois en m'écoutant narrer ma visite chez le Docteur Foldingue, la seconde en se foutant de ma gueule. Ils me regardaient fixement et me disaient "dis-le que t'as honte !"

Bon, je reconnais ... mais un truc que j'ai oublié de vous dire c'est que les arguments de ma nouvelle conseillère santé étaient largement décolletés !

Les vacances de Monsieur Fou-Kyo

# Gepost op zaterdag 30 juni 2007, 07u49

Gewijzigd op zaterdag 30 juni 2007, 08u05